dimanche 28 septembre 2008

Terra della memoria



anno quattro dopo la dipartita


"Lo Stretto indispensabile"


Zanclea


nuvele di buon augurio


SS114 -Sud



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Messina- Siracusa, binaro 3, ore 12:10

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Messina C.le



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per te VE III



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Vos et ipsam civitatem benedicimus




in carrozza


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Stazione di partenza

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Quelques recommandations, un lever aux aurores pour un spectacle dignes des récits homérique. La mer Ionienne est une vaste étendue argentée sur laquelle se reflète un soleil prometteur. Le matin est brillant et dans l’air pur et frais, l’Etna dévoile ses crêtes blanchies et des kilomètres de jupes de tulle et de dentelles qui viennent tremper leurs ourlets dans les eaux scintillantes.

Ce matin, il ne faut pas se tromper, on donne une messe en l’honneur de mon père à l’église de San Rosario à d’Ariella.
On m’y attend. Il faut réciter des paters, prier profusément chanter d’innombrables alléluias et avaler quelques couleuvres dans un décor qui allie le baroque maniéré aux œuvres du temps, de la pauvreté et de deux tremblements de terre simplement catastrophiques. Il faut respirer l’haleine matinale des quelques vieilles du quartier (désigné, je l’ai lu sur une plaque, le plus beau d’Ali en 2003) et recevoir dans l’oreille les décibels zélés d’une bigote dévouée à l’exaltation qui hurle les prières et autres cantiques une fraction de seconde avant le prêtre. Je pense à mes pêchers à côté du bougeoir électrique. Ce sont des lampes minuscules qui s’allument grâce à un interrupteur qui lui-même est commandé par un système à pièces. Une version moderne des ordalies qui réussira à m’appauvrir tout de même sous le regard insistant des pies du village.

A la faveur d’une visite familiale et de l’achat d’une carte routière régionale, j’ai réalisé que si l’on traçait depuis le village de mon père une ligne verticale allant vers le Nord en traversant les Peloritaines, en passant par le Mont Scuderi, ont finirait par atteindre, par l’intérieur, les villages de Rometta, Spadafora, Rocca-Valdina, San Pier Niceto sur la côte tyrrhénienne entre Messina et Palermo où habite l’autre partie de ma famille.

dimanche 21 septembre 2008

Maccellu


leggermente spostato verso sinistra

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da capo al Capo


d'Alì


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Sant' Antonino


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20 septembre 2008, samedi, Ali Terme,
Après Nicolas Bouvier à qui je rends un hommage posthume, il me semble que du belge, même affublé d’un prix Goncourt ne fasse pas le poids. Je laisse la couverture jaune à la bandelette criarde se refermer sur un voyage de trois jours en à juger par le titre. Je suis difficile. Peut-être que Nicolas y est pour quelque chose ? J’ai bien essayé la diversion en tentant de dépasser la couverture où l’on voit assis un bel homme en costume pied de poule aux mains blanches et généreuses mais d’être plongé dans les années thatchériennes ne me convient guère plus. La bibliothèque est pauvre ici. Sans doute faudra-t-il que la faim se fasse plus criante pour que je consente à m’y replonger. Il a plu toute la nuit. Une eau épaisse qui résonnait en glissant de latte en latte sur les persiennes. Ce matin, elle a laissé un peu de terre noire dans les recoins de la terrasse. Quelque poussière tout droit venue du ventre de la terre et que je chasse à grandes eaux de dessous les chaises en plastique. L’ultime évocation maternelle. Un message d’elle ce matin. Quelque chose de bref où il faut recomposer les mots comme dans les jeux que l’on trouve dans les quotidiens. Un mot de temps en temps… serait le bienvenu, je crois comprendre. Ma tante Marie est malade. Elle me parle en Siculo. Jamais de ma vie, elle ne l’avait fait. Elle ne va pas bien, c’est certain. Depuis le chemin qui surplombe son jardin, je voyais les tomates pourrir sur leurs plants, les aubergines appesanties par les pluies offrir leur flanc mauve aux rampants de toutes sortes, je pouvais voir sur les « rasole » les raisins briller comme des sémaphores semblant crier qu’on les détache enfin, les haricots aux feuilles jaunies balancer comme des pendus aux cannes ligotées. Un désordre nouveau s’est glissé dans ce lieu qui ressemble à une absence un peu trop amère, à un mauvais présage. Je m’empresse de chasser ces idées noires de mon esprit, dans quelques jours elle me dira en français fatigué combien elle est épuisée à son tour des affaires de ma mère. Elle en a héritées comme d’un fardeau qu’elle ne veut lâcher sous aucun prétexte et chaque fois qu’avec l’âge, ma tante a tout de même quatre-vingt-cinq ans, quelque chose lui glisse entre les doigts, elle lève les yeux aux ciel et les bras aussi en évoquant tous les Saints du village en terminant par Marie la Grâce. Entre temps, il a fallu cheminer jusqu’à celle des bois que l’on fête aujourd’hui si la pluie accorde une trêve, passer par Ste Agathe et celle du Rosaire, celle de la Consolation, de la Compassion, du Saint Suaire, la noire aussi, mais celle-là en baissant la voix…

profumo di mosto


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19 septembre 2008, vendredi, Ali Terme,
Arrivée matinale dans une fraîcheur presque piquante. Mon parrain est déjà affairé autour d’un monceau de raisin frais d’où se dégage une belle odeur douçâtre. Il a déjà chargé la presse de la moitié du raisin et actionne la manivelle dans un bruit d’eau qui coule à gros bouillon. Le jus dégringole, se fraye un chemin entre les rafles visitées par quelques guêpes complètement grisées par leur découverte, avant de tomber dans la grande cuve en contrebas en laissant des volutes et des bulles rose pâle sur la surface. Les gaz commencent à s’en échapper et il ne faudra pas si longtemps pour que l’air devienne irrespirable. Ma marraine trouve d’ailleurs que l’on tarde trop et s’inquiète à l’italienne de notre lente progression. C’est presque nu que j’entre dans la cuve pour aller en cueillir chaque litre à la force des mes bras. Le jus ralentit mes mouvements. Il dégouline le long de mes bras et vient freiner mes articulations. Les violons d’Allevi mon montent à la tête. Le grand orchestre doit se sentir à l’étroit entre mes deux oreilles. Une tarte aux bananes m’attend chez mon parrain. Il faut monter encore et se réjouir de trouver son visage paternel. Ladite tarte s’est révélée être un vrai succès. Chacun l’aura admis, même avant le verre d’Amaretto d’herbes calabraises cueillies à l’extrême pointe de la terre d’en face que l’on voit lorsque l’on jette un regard par-dessus l’épaule, finisse de nous en convaincre. L’arrivée dans le village est marquée par la mauvaise humeur de mon hôte qui pourtant s’en défend. Il se trame quelque chose que je crois comprendre. Le déjeuner est pantagruélique chez ma cousine. Il faut s’arracher avant que la grappa ne fasse son œuvre d’ébriétés dans les courbes sinueuses qui nous ramènent au bord de mer et ne vienne raccourcir notre descente malencontreusement. Je finis par me demander s’il n’y a pas du calcul dans la tête du mari de ma cousine… quelques envies fugaces qu’il m’arrive quelque chose. Parvenu à bon port, chargé de victuailles, j’enfourche le vélo et m’en vais sur la nationale qui est le théâtre de mes escapades quotidiennes. Personne sur les plages en contrebas sauf quelques pêcheurs affairés et bredouille à l’œil noir. Je m’effondre sur le sable caillouteux. Je me sens envahi d’une joie nouvelle. Que le beau pêcheur soit bredouille malgré tous ses efforts ne m’importe plus guère. Le ciel est présent, vaste et bas. Je retire mes lunettes et je regarde le plus loin possible. Le gros rocher se taille de mes fantaisies. J’y vois une sirène emmenée par je ne sais quelle créature monstrueuse au fond des eaux tendre la main en signe de désespoir pour qu’on la retienne. Moi, je la regarde impuissant glisser doucement vers le large. Tout le temps perdu, ne se rattrape plus. Je me souviens, à Paris, l’avoir attendue tous les soirs. Barbara n’allait plus chanter et pourtant, c’est elle que j’entends.

vino nuovo



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Les vendanges du matin se sont faites sans nous sauf peut-être pour quelques raisins égarés que nous sommes allé cueillir au-delà des terres immédiates. Le raisin doré et déjà séché par les ardeurs estivales aura eu raison de moi. Au lieu de le jeter dans le panier, c’est dans mon gosier qu’il allait finir avec enthousiasme. Puis, il faut écraser le raisin, laisser s’échapper le premier jus, le récupérer pour le mélanger aux rafles amères et encourageantes, il faut compter et cuver, le regard mordu par les éclaboussements sucrés et déjà un peu vineux. Chacun s’agite dans les caves et au dessus, les pâtes cuisent, la viande aussi, les aubergines sous l’huile réclament le pain jaune et le vin de l’an dernier. C’est la fête, dans le regard de mes hôtes, c’est une joie sans mesure. Je les aime.

Trofei



17 septembre 2008, mercredi, Ali Terme,
Fogle di Bestan de Giovanni Allevi coure dans ma tête depuis hier soir. La nuit fut si fraîche que la couette de duvet suffit à peine à me réchauffer. Entre le rêve et le cauchemar, je suis indécis. La première partie avait commencé comme un mauvais rêve jusqu’à l’arrivée salvatrice d’une femme de couleur qui devait faire quatre mètres de haut… les vendanges nous attendent. Je ne sais même pas si elles se font. On fêtait la Madone de la Consolation à Reggio di Calabria, hier soir. Dans le cornet du téléphone, je pouvais sentir l’odeur de la saucisse entre chaque bouchée gourmande entrecoupées de joutes enjouées. Ce matin, je refuse la torpeur d’hier. Elle ne m’a pas lâchée un seul instant, même seul alors je voyais le pas pressé de mon hôte au loin sur la plage qui mène au Cap. Elle m’a laissé un peu de répit quand sur le Corso Umberto, nous marchions entre les magasins et les touristes clairsemés. Juste avant Parisi et ses collections d’hiver baroques montées sur des hommes en plastique qui portent dans l’indifférence totale des guenilles signées Etro, Gucci, Armani et d’autres inconnus illustres, une pose musicale, une invitation à la découverte de la musique sicilienne traditionnelle et avec elle quelques vraies perles moins coutumières. Mon hôte est malade. Il est persuadé que le bout de foccace et les deux arrancini de derrière le Palace San Domenico contenaient un ingrédient avarié. Ce serait bien la première fois. Il est malade, faible, pâle et dérangé. Moi, je crains l’incident et c’est dans cette hâte que nous quittons Taormina qui n’aura manifestement pas réussi à séduire, cette fois. Sans doute, suis-je trop dur. Seul. Il a déjà envie d’y retourner… seul.

arcobaleno per un amico



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Cielo antonelliano


16 septembre 2008, mardi, Ali Terme,

Monté sur la selle de mon vélo, j’harangue la côte et je vois des kilomètres de visages. La mer me sert de témoin. Le ciel chargé comme sur les fresques d’Antonello observe mon cheminement dans un silence nouveau. Un arc en ciel gigantesque étonnant de vigueur se dessine. Les citronniers se réveillent, tout semble me parler.

Un départ sans au revoir. Un aéroglisseur en retard et une attente silencieuse. Un léger moment d’abandon qu’il me faut combattre. Un creux. Tant à dire ce matin et rien qui vaille. Pas même les cauchemars si vivants encore à l’esprit. Pas même quelques bribes. Il me vient à désirer le silence, à préférer le faire.

Matin désastreux, humeur massacrante. Tout est à jeter, les choses, les hommes, le temps, en un instant, toute l’énergie s’est échappée de mon corps comme si j’avais été frappé d’un sortilège, comme si une force invisible et funeste avait aspiré d’un seul souffle toute la vie qui me restait. De là, les discussions houleuses, les amertumes contre lesquelles je n’ai trouvé d’autre remède que quelques pissenlits bouillis et acerbes. Il me manque une présence angélique. Je ne veux pas l’admettre, c’est idiot.

A l’heure qu’il est, mon hôte se lave de mes prégnances épaisses en se baignant dans cette mer d’huile abandonnée des indigènes qui sont venus retirer leur parasol de la plage comme signe ultime que la saison est venue à son terme. Celui qui se trouve encore sur ses bords, qui entre encore dans les eaux calmes est forcément un rare touriste perdu sur la côte.