dimanche 21 septembre 2008

Sant' Antonino


Posted by Picasa
20 septembre 2008, samedi, Ali Terme,
Après Nicolas Bouvier à qui je rends un hommage posthume, il me semble que du belge, même affublé d’un prix Goncourt ne fasse pas le poids. Je laisse la couverture jaune à la bandelette criarde se refermer sur un voyage de trois jours en à juger par le titre. Je suis difficile. Peut-être que Nicolas y est pour quelque chose ? J’ai bien essayé la diversion en tentant de dépasser la couverture où l’on voit assis un bel homme en costume pied de poule aux mains blanches et généreuses mais d’être plongé dans les années thatchériennes ne me convient guère plus. La bibliothèque est pauvre ici. Sans doute faudra-t-il que la faim se fasse plus criante pour que je consente à m’y replonger. Il a plu toute la nuit. Une eau épaisse qui résonnait en glissant de latte en latte sur les persiennes. Ce matin, elle a laissé un peu de terre noire dans les recoins de la terrasse. Quelque poussière tout droit venue du ventre de la terre et que je chasse à grandes eaux de dessous les chaises en plastique. L’ultime évocation maternelle. Un message d’elle ce matin. Quelque chose de bref où il faut recomposer les mots comme dans les jeux que l’on trouve dans les quotidiens. Un mot de temps en temps… serait le bienvenu, je crois comprendre. Ma tante Marie est malade. Elle me parle en Siculo. Jamais de ma vie, elle ne l’avait fait. Elle ne va pas bien, c’est certain. Depuis le chemin qui surplombe son jardin, je voyais les tomates pourrir sur leurs plants, les aubergines appesanties par les pluies offrir leur flanc mauve aux rampants de toutes sortes, je pouvais voir sur les « rasole » les raisins briller comme des sémaphores semblant crier qu’on les détache enfin, les haricots aux feuilles jaunies balancer comme des pendus aux cannes ligotées. Un désordre nouveau s’est glissé dans ce lieu qui ressemble à une absence un peu trop amère, à un mauvais présage. Je m’empresse de chasser ces idées noires de mon esprit, dans quelques jours elle me dira en français fatigué combien elle est épuisée à son tour des affaires de ma mère. Elle en a héritées comme d’un fardeau qu’elle ne veut lâcher sous aucun prétexte et chaque fois qu’avec l’âge, ma tante a tout de même quatre-vingt-cinq ans, quelque chose lui glisse entre les doigts, elle lève les yeux aux ciel et les bras aussi en évoquant tous les Saints du village en terminant par Marie la Grâce. Entre temps, il a fallu cheminer jusqu’à celle des bois que l’on fête aujourd’hui si la pluie accorde une trêve, passer par Ste Agathe et celle du Rosaire, celle de la Consolation, de la Compassion, du Saint Suaire, la noire aussi, mais celle-là en baissant la voix…

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