19 septembre 2008, vendredi, Ali Terme,
Arrivée matinale dans une fraîcheur presque piquante. Mon parrain est déjà affairé autour d’un monceau de raisin frais d’où se dégage une belle odeur douçâtre. Il a déjà chargé la presse de la moitié du raisin et actionne la manivelle dans un bruit d’eau qui coule à gros bouillon. Le jus dégringole, se fraye un chemin entre les rafles visitées par quelques guêpes complètement grisées par leur découverte, avant de tomber dans la grande cuve en contrebas en laissant des volutes et des bulles rose pâle sur la surface. Les gaz commencent à s’en échapper et il ne faudra pas si longtemps pour que l’air devienne irrespirable. Ma marraine trouve d’ailleurs que l’on tarde trop et s’inquiète à l’italienne de notre lente progression. C’est presque nu que j’entre dans la cuve pour aller en cueillir chaque litre à la force des mes bras. Le jus ralentit mes mouvements. Il dégouline le long de mes bras et vient freiner mes articulations. Les violons d’Allevi mon montent à la tête. Le grand orchestre doit se sentir à l’étroit entre mes deux oreilles. Une tarte aux bananes m’attend chez mon parrain. Il faut monter encore et se réjouir de trouver son visage paternel. Ladite tarte s’est révélée être un vrai succès. Chacun l’aura admis, même avant le verre d’Amaretto d’herbes calabraises cueillies à l’extrême pointe de la terre d’en face que l’on voit lorsque l’on jette un regard par-dessus l’épaule, finisse de nous en convaincre. L’arrivée dans le village est marquée par la mauvaise humeur de mon hôte qui pourtant s’en défend. Il se trame quelque chose que je crois comprendre. Le déjeuner est pantagruélique chez ma cousine. Il faut s’arracher avant que la grappa ne fasse son œuvre d’ébriétés dans les courbes sinueuses qui nous ramènent au bord de mer et ne vienne raccourcir notre descente malencontreusement. Je finis par me demander s’il n’y a pas du calcul dans la tête du mari de ma cousine… quelques envies fugaces qu’il m’arrive quelque chose. Parvenu à bon port, chargé de victuailles, j’enfourche le vélo et m’en vais sur la nationale qui est le théâtre de mes escapades quotidiennes. Personne sur les plages en contrebas sauf quelques pêcheurs affairés et bredouille à l’œil noir. Je m’effondre sur le sable caillouteux. Je me sens envahi d’une joie nouvelle. Que le beau pêcheur soit bredouille malgré tous ses efforts ne m’importe plus guère. Le ciel est présent, vaste et bas. Je retire mes lunettes et je regarde le plus loin possible. Le gros rocher se taille de mes fantaisies. J’y vois une sirène emmenée par je ne sais quelle créature monstrueuse au fond des eaux tendre la main en signe de désespoir pour qu’on la retienne. Moi, je la regarde impuissant glisser doucement vers le large. Tout le temps perdu, ne se rattrape plus. Je me souviens, à Paris, l’avoir attendue tous les soirs. Barbara n’allait plus chanter et pourtant, c’est elle que j’entends.

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