Messine me revient en flashes. Il faut que je m’y rende coûte que coûte. De mes passages en vedettes rapides vers Reggio, il m’est resté une sorte de manque. La traversée est sans doute trop courte mais aussi, Reggio n’est pas Villa San Giovanni. Alors, une fois la Saab laissée à la protection équivoque d’une horde de chiens, au sens littéral, c’est d’un pas pressé que nous nous rendons à l’embarcadère avec la ferme intention de déguster quelques bons plats simples à la cuisine de son restaurant. Or, ses volets sont baissés et à travers les vitres obscures, rien n’apparait que mon reflet curieux, déconfit et famélique. Entre temps, un ferry-boat ouvre ses entrailles d’où se déversent une centaine de passagers, automobiles et camions égarés. Nous nous engouffrons à notre tour. La file d’attente au bar n’est pas trop longue : deux arancini al sugo, un aux épinards, une bouteille d’eau plate et une canette de chinotto dans un grand sac en papier avant d’aller retrouver les ponts déjà pris d’assaut. Un petit vent s’amuse des passagers en faisant sauter les pans de chemise et les permanentes fatiguées, la mer est houleuse, le bateau tangue un peu. Nous quittons Messine pour Villa San Giovanni, je suis béat.
Je n’ai rien à faire à Villa San Giovanni. Je veux rester aux abords de l’embarcadère et voir entrer les camions pressés de se rendre sur l’île. C’est le défilé. J’évite une tentative d’extorsion et fais le bonheur complètement inespéré d’un pauvre homme. La billetterie se trouve à l’entrée des voies d’accès pour les navires. Le lieu ne disposant pas de parking qui permette aux camionneurs et autres utilisateurs d’abandonner leur véhicule le temps d’aller prendre le billet pas plus que la billetterie n’étant conçue pour la transaction en cabine, les utilisateurs arrêtent leur véhicule devant le poste ce qui provoque les immanquables klaxons et insultes de la part de ceux, bloqués et impatients qui disposent déjà d’un ticket. C’est à la faveur de l’une de ces altercations que je vois un homme remettant son veston en vitesse laisser tomber un objet à côté de sa voiture. Il s’en est fallu de peu pour que son pneu arrière ne l’aplatisse sans parler du tir exaspéré qui le suivait. Je me suis précipité et ai ramassé un téléphone portable ultraplat du dernier cri technologique. J’ai couru derrière la voiture qui par chance n’avais pas pu monter dans le ferry-boat en partance. Le propriétaire ne s’était pas encore aperçu de son infortune. Il m’a remercié plus stupéfait et abasourdi qu’heureux. Quand j’ai relaté cet épisode insolite à ma cousine, elle a ri et m’a dit que j’étais sans doute le seul en Sicile à avoir cette réaction, ce qui me fut confirmé quand sa fille m’a affirmé que si cela lui était arrivé, elle aurait sans aucun doute gardé le téléphone… Voici sans aucun doute le mal qui ronge la Sicile… personne ne pense un instant à se placer dans les chaussures de cet infortuné. Le sicilien a une curieuse idée de la chose publique. Je vais finir par le croire.
Quand je reviens sur mes pas heureux de mon geste, un ferry-boat qui semble droit venu des années 70 entre dans le port. C’est un bateau étroit à la coque vert et blanc qui porte le nom évocateur de Vestfold dans lequel je pénètre sans attendre que les autres soient sortis. Les ponts sont désertés, les autres passagers ne sont pas encore arrivés. Je suis presque seul. Il y a quelque chose de magique à déambuler dans ces lieux vides. Je le reconnais, c’est ici, dans ce navire que j’ai fait, il y a quelques années un premier hommage à mon père avec la série « aller-retour ». Si j’étais heureux pour l’aller, je suis simplement aérien pour le retour.
Je n’ai rien à faire à Villa San Giovanni. Je veux rester aux abords de l’embarcadère et voir entrer les camions pressés de se rendre sur l’île. C’est le défilé. J’évite une tentative d’extorsion et fais le bonheur complètement inespéré d’un pauvre homme. La billetterie se trouve à l’entrée des voies d’accès pour les navires. Le lieu ne disposant pas de parking qui permette aux camionneurs et autres utilisateurs d’abandonner leur véhicule le temps d’aller prendre le billet pas plus que la billetterie n’étant conçue pour la transaction en cabine, les utilisateurs arrêtent leur véhicule devant le poste ce qui provoque les immanquables klaxons et insultes de la part de ceux, bloqués et impatients qui disposent déjà d’un ticket. C’est à la faveur de l’une de ces altercations que je vois un homme remettant son veston en vitesse laisser tomber un objet à côté de sa voiture. Il s’en est fallu de peu pour que son pneu arrière ne l’aplatisse sans parler du tir exaspéré qui le suivait. Je me suis précipité et ai ramassé un téléphone portable ultraplat du dernier cri technologique. J’ai couru derrière la voiture qui par chance n’avais pas pu monter dans le ferry-boat en partance. Le propriétaire ne s’était pas encore aperçu de son infortune. Il m’a remercié plus stupéfait et abasourdi qu’heureux. Quand j’ai relaté cet épisode insolite à ma cousine, elle a ri et m’a dit que j’étais sans doute le seul en Sicile à avoir cette réaction, ce qui me fut confirmé quand sa fille m’a affirmé que si cela lui était arrivé, elle aurait sans aucun doute gardé le téléphone… Voici sans aucun doute le mal qui ronge la Sicile… personne ne pense un instant à se placer dans les chaussures de cet infortuné. Le sicilien a une curieuse idée de la chose publique. Je vais finir par le croire.
Quand je reviens sur mes pas heureux de mon geste, un ferry-boat qui semble droit venu des années 70 entre dans le port. C’est un bateau étroit à la coque vert et blanc qui porte le nom évocateur de Vestfold dans lequel je pénètre sans attendre que les autres soient sortis. Les ponts sont désertés, les autres passagers ne sont pas encore arrivés. Je suis presque seul. Il y a quelque chose de magique à déambuler dans ces lieux vides. Je le reconnais, c’est ici, dans ce navire que j’ai fait, il y a quelques années un premier hommage à mon père avec la série « aller-retour ». Si j’étais heureux pour l’aller, je suis simplement aérien pour le retour.
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