samedi 4 octobre 2008

tous les marins d'Italie



Une journée à Reggio sous un soleil bienveillant et dans une foule de marins défraîchis qui défilent dans le bruit assourdissant des chasseurs qui traversent le ciel sous les regards ahuris et la clameur encore plus impossible des hauts parleurs. Il me vient d’espérer que la gorge de cette narratrice à la voix appliquée d’institutrice vienne à sécher. L’Amerigo Vespucci est amarré dans le port et a ouvert ses portes à une foule interminable de calabrais venus pour cheminer sur ses ponts et dans ses corridors étroits qui sentent l’ammoniac et le savon militaire, pour croiser le regard de ces jeunes marins tout frais vêtus de blanc immaculé, pour rêver quelques instants bousculés par les chimères des cent mille autres visiteurs. On peut continuer son chemin pour aller admirer le San Giorgio, bâtiment militaire chargé de Ducato, de Defender, de tanks légers, d’hélicoptères couverts de bâches. C’est une grande boîte en métal gris mat qui ouvre une grande bouche carrée pour quelques officiels dont M. Fini en visite dans le Mezzogiorno. Du quai, on peut voir en contre jour, des rangées de verres à champagne et quelques nappes blanches qui secouent leurs flancs aux vents portuaires. En bas, disposées en éventail, quelques sobres Lancia Thesis sur le toit desquelles un gyrophare bleu amovible est ventousé attendent la fin de la cérémonie. Les chauffeurs accoudés aux barrières discutent avec les veilles en kakis. Sur la promenade, dans les plaintes d’un cheval mécanique, au bar de l’hôtel, nous dégustons une bière. Ici pas de Birra Messina, encore moins de Birra del Sole ni de Patruni e Suta… Il faut croire qu’elles ne supportent pas la traversée. Il faut se contenter d’une Nastro Azzuro. Autour de nous, on s’affaire, on tente de garer son automobile, on monte sur les trottoirs, klaxonne, discute, insulte, lance de noirs regards. C’est un peu la jungle où ça et là apparaissent de beaux spécimens d’une faune aguichante. « Les italiens le font mieux » pour paraphraser Madonna (cela si ce terme peut s’appliquer lorsque la phrase en question est une inscription sur un t-shirt collé à un bonnet c-85 secouant son contenu aux rythmes de la candy store music). Ici, je ne vais pas prétendre que je n’ai pas faim… je suis proprement affamé.

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