La Saab s’engouffre le plus loin dans la vallée encaissée d’Itala. Je n’aime pas ce lieu escarpé où la lumière semble contenue, oppressée par une campagne à demi-abandonnée qui respire l’exil. Les bâtisses accrochées aux flancs escarpés me donnent le vertige. Sur une route improbable, deux vieilles nous envoient en nous recommandant bien de leur ramener une part du trésor si nous le trouvons. Nous n’irons pas bien loin, les escaliers se perdent dans un fouillis insondable de bambou et de vieilles branches découpées à la faveur des campagnes adjacentes. C’est une fausse piste. J’ai beau lever les yeux, aucune trace n’arrête mon œil. Il faut quitter ce lieu sinistre qui m’accable et prévient mon ascension. Un détour par la mer et une autre ascension vers Ali, cette fois. Je laisse la Saab au premier panneau indiquant le Mont Scuderi. Nous marchons sous un ciel plombé. On peut voir le sommet mais aussi les nuages menaçants qui le prennent d’assaut. Nous décidons de continuer et il faudra en cours implorer la Sainte Vierge pour que la pluie battante cesse de tomber. Ce pauvre arbre ne suffit pas à contenir les féroces précipitations et c’est détrempé et pleins de gratitude que nous continuons notre route. De là où nous sommes, sans doute faut-il un quart d’heure de marche pour atteindre les sommets. Nous devrons marcher sous le vent et la pluie intermittente deux autres heures avant d’attaquer les derniers mètres de pierraille glissante dans un brouillard si épais que l’on n’y voit guère à plus de cinq mètres. La horde de chevaux sauvages ne s’étonne pas de nous voir redescendre du néant. Nous croisons miraculeusement un couple d’allemands envoyés là par l’effet du Saint Esprit, juste le temps de nous donner deux ou trois biscuits pour la route avant de disparaître à nouveau dans les pics. Nous avons marché plus de cinq heures dans un air moite et glissant. Le sommet ne nous a pas gratifié de ses vues mais de cheminer sur ses flancs nous a donné des ailes et nettoyé des eaux vaseuses qui nous habitaient.
La pluie battante a laissé d’immenses miroirs sur la route du retour. Je suis plein d’énergie, d’autres ont brûlé toute la leur à la flamme du regret et du désaveu.
La pluie battante a laissé d’immenses miroirs sur la route du retour. Je suis plein d’énergie, d’autres ont brûlé toute la leur à la flamme du regret et du désaveu.
1 commentaire:
Well well well......
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