vendredi 17 juin 2011

Fermée, la sixième porte

Seuls deux détecteurs de métaux sur vingt sont opérationnels. Du coup, la foule de pèlerins et de touristes est canalisée sur deux grandes files qui se confondent près de l’obélisque dans un désordre de piété et de politesse polyglotte. Rien d’étonnant puisque nous sommes sur le parvis de la plus grande Basilique du monde et sous un soleil accablant, de surcroit. Nous venons tout juste de nous extirper de l’ombre et la cécité minérale qu’offrait la colonnade où nous avions trouvé refuge. Il nous a bien fallu une demi-heure, cahotés par des pigeons affamés et le heurt continu des toges et robes de bure afin de rassembler assez de courage pour affronter l’affluence grossissante à cette heure du jour.
- Soleil, soif, nuques cramoisies, cranes recuits, impatience, dépassements, rage, acrimonie, calme enfin, puis contrôle, contrôle et contrôle encore.
Enfin passé le narthex, entre Charlemagne et Constantin, les portails s’ouvrent dans un brouhaha de murmures qui semblent entonner d’une seule voix combien « les portes de l’enfer ne prévaudront jamais contre elle ». Elle, c’est l’Eglise et s’il y a des lieux qui ne sont pas conçus pour les hommes, celui-ci en est un, assurément. Tout y est gigantesque, démesuré, écrasant de vastitude. C’est un édifice tout simplement monumental et après le soleil du dehors, c’est le vertige du dedans. On y déambule comme frappé de stupeur. A peine ose-t-on frôler les murs de peur d’y voir surgir un titan de pierre, le doigt tendu, accusateur. Au demeurant, la seule chose que l’on frôle ici, c’est sans doute l’anathème. Pour peu, c’est là, quelque part dans les aspérités du parement que sont dissimulées les portes du purgatoire. Bien fol est celui qui s’y adosse !
A l’entrée, les bénitiers de marbres mêlés sont gardés par des chérubins si pansus que l’on peut se demander si ce n’est pas de la foule dont ils se nourrissent. On tendrait le bras pour y plonger les dernières phalanges dans l’eau bénite que sans avoir le temps de crier gare, on serait ingurgité d’un seul coup, crainte et stupeur comprises. Car enfin, si l’on ne paye pas l’entrée à Saint Pierre, on est beaucoup moins sûr d’en sortir…
Comme au Panthéon, je m’attendais à entendre une cassette répéter dans toutes les langues d’observer le silence. Mais ici, entre les nefs et sous la coupole céleste, on est si troublé que les mots restent dans la gorge parmi les oh ! et les ah ! mort-nés.
On ira l’éructer dehors, notre hébétude, car sans le savoir, on est perfidement guidé vers la sortie par une armée de bellâtres en Gucci dont l’oreillette tirebouchonne jusque dans la nuque. Peut-être sont-ils en communication directe avec la Grande Main qui commande à tous… de sortir.
Et d’ailleurs, je sors avec cette question brûlante sur les lèvres : quel est ce lieu ? 
Se peut-il que je n’y sois jamais entré? 

Aucun commentaire: