Il ferme toujours les yeux quand il embrasse, comme si d’ouvrir la bouche à cette fin commandait à ses yeux de se clore dans une sorte de mouvement mécanique. Pendant ce temps, elle le regarde. Elle scrute son visage dans ses moindres détails. C’est le seul moment où il lui est permis de le faire car sinon il est si timide qu’elle ne peut s’en approcher d’aussi près sans qu’il la repousse gauchement. Il faut dire qu’elle est fascinée par la texture et le teint de sa peau. Ses joues surtout, à demi envahies par une barbe sombre, ondulée et bien fournie ne cessent de la captiver. Quand il ferme les yeux, elle peut voir ses paupières fines qu’abaisse un rideau épais de cils majestueusement incurvés. Elle est en admiration et bien souvent, quand elle sent qu’il est sur le point d’interrompre leur baiser, elle manifeste une soudaine vigueur dans le but unique de prolonger de quelques secondes l’exploration ébahie de son visage. Comment peut-on avoir doté un homme, rustre au demeurant, de telles parures quand elle, il lui faut user de tant de subterfuges pour amplifier et mettre en valeur les quelques misérables atouts que lui a prodigué mère nature? Elle vit ce fait comme une profonde injustice. Alors, elle le regarde, ne se lasse pas de le contempler comme s’il était une chose à elle, un dédommagement délivré par le sort pour réparer la formidable partialité dont elle est victime. Ainsi par exemple, lorsqu’il dort, allongé sur leur grand lit, elle s’approche sans bruit et avec d’infinies précautions, elle retire le drap qui le couvre. Pour elle, c’est chaque fois un moment d’une extrême excitation. Elle tremble et transpire, elle est étouffée de chaleur au point de suffoquer. On peut même se demander si elle ne prend pas à ce jeu plus de plaisir que pendant l’acte lui-même. Aussi longtemps que le sommeil de son ami le lui permet, elle reste là, assise dans le silence, sur le bord du lit, à admirer ce corps assoupi et presque immobile abandonné à son observation intime. Le mouvement régulier de son torse qui se soulève et puis s’affaisse dans un infime bruissement l’apaise comme le raclement des vagues sur le sable. Elle est aux anges. Elle peut fixer à l’envi les taches à peine plus sombre de ses seins et puis suivre la courbe parfaite de ses hanches, parcourir la fine ligne de poils qui s’évase à mesure qu’elle descend sur son ventre pour atteindre le point culminant de son intérêt, cette chose flasque abandonnée à la moiteur d’un fourré luisant. Parfois, tremblante de désir, elle se prend à vouloir toucher mais elle se retient car elle sait que l’appétit lui vient alors si violement qu’elle le réveillerait par sa brusquerie et qu’ainsi le charme serait rompu.
Il est tellement plus troublant quand il dort…
Quand la tension est à son comble et qu’elle est sur le point de défaillir, elle s’éloigne un peu de leur couche sans le perdre de vue et laisse son esprit vagabonder là où ses doigts brûlants n’ont pas eu le courage d’aller l'instant d'avant. Quand les images fusent et s'amoncèlent en son sein au point d'imploser, c’est invariablement le moment qu’il choisit pour s'éveiller.
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