samedi 4 juin 2011

Neuf minutes


Il est treize heures et il vient de terminer un plat de pâtes aux pak choi. Il les avait lavés soigneusement pour y déloger les limaçons qui se réfugient d’ordinaire à la base des feuilles. Il n’avait conservé des feuilles que les plus tendres. Les autres, il les avait jetées, même que ça l’avait mis mal à l’aise.
Dans l’eau tiède où flottait déjà, en rubans d’algues, le chou chinois, il avait ajouté un peu de sel et une pincée de bicarbonate de soude, un conseil de sa cousine Stefania, et puis quand l’eau s’est mise à bouillir, il y versa les pâtes. Des pâtes en forme de lanières dont les bords recroquevillés forment une sorte de s. On les appelle casarecce ici, en Sicile et comme leur nom l’indique, elles sont en principe faites à la maison. Les siennes provenaient d’un discount local. Sur le paquet mou, en vulgaire plastique transparent, il pouvait lire, en grosses lettres rouges, l’inscription répétée du temps de cuisson : neuf minutes.
Neuf minutes, c’est le temps qu’il mit à les ingurgiter, comme un chien, seul devant le saladier en plastique moulé.
Neuf minutes, c’est aussi le temps qu’il a fallu pour écrire ceci.   

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