- Alors, c’est vrai ce qu’on me dit. Tu écris ?
- Je ne sais pas qui t’a raconté ça.
- Mais c’est vrai, n’est-ce pas ? Tu peux être honnête avec moi. Tu ne dois pas avoir honte, tu sais. Ce n’est pas si grave au fond. Tu peux toujours t’arrêter, non ?
- Ce n’est rien, tu sais. Je n’ai pas encore publié.
- Dieu merci !
- Je ne me réjouirais pas si vite si j’étais toi, enfin quoi que…
- Quoi ? Que veux-tu dire ? Tu ne vas me dire que tu…
- Et bien, oui, un texte à moi se trouve à l’instant même dans les mains d’un éditeur très en vue. Bon, ça fait un moment qu’il est là. Un an et demi.
- Ah ? Et tu as reçu une réponse ?
- Non. Enfin si. Un accusé de réception. Une lettre brève qui me disait qu’ils allaient lire le manuscrit et me faire savoir… et qui me demandait d’être patient aussi.
- Bref, après tout ce temps, tu peux oublier… c’est comme s’ils l’avaient refusé maintenant. Ce n’est pas si grave au fond. Tu n’as qu’à leur demander de te le renvoyer par la poste vu qu’ils ne l’ont pas publié. Peut-être qu'ils ne l'ont même pas lu… Tout peut encore s’arranger.
- Ce n’est pas si simple.
- Rien n’est simple avec toi. C’est comme avec tes photographies.
- Que veux-tu dire ?
- Depuis quand n’as-tu pas exposé?
- Cinq ans, ça va faire six ans. Mais qu’est ce que ça change ? A ce stade, je peux bien encore attendre dix ans avant de rouvrir les portes de mon studio.
- En effet mais les gens risquent de t’oublier…
- Tu me fais rire. Les gens, les gens comme tu dis, ils ne me connaissent pas. Ce n’est pas comme si j’étais Avedon tout de même. Aujourd’hui, tout le monde écrit et photographie. Sur dix personnes que je rencontre, il y en a au moins trois qui ont la passion de la photographie et les autres qui écrivent à leurs heures perdues.
- Et alors ? Ça ne devrait pas te retenir de travailler.
- Tu as raison. Mais j’ai l’impression que tout est dit, tout est montré, et tant et plus. Il n’y a plus d’air dans la photographie. Enfin, j’ai le sentiment d’y étouffer maintenant.
(…)
- C’est pour ça que tu écris ?
- Non, ce n’est pas pour ça.
- Pourquoi alors ?
- Je ne sais pas. Ce n’est pas important pourquoi je fais ceci et pourquoi je ne fais pas cela… Je ne comprends pas cette question : pourquoi ? Quand je vois ce que font ceux qui se la posent, cette question, je suis perplexe. Vraiment perplexe. Mais il semble bien que la perplexité ce soit le déguisement que prend l’intelligence aujourd’hui. Plus c’est intelligent, plus c’est bien, plus ça ressemble à l’art. Un petit coup de pouce et hop!, on y voit que du feu. Les cartons d’invitation fusent… et c’est Good morning California,…
(…)
- Bon, on va faire un tour à la plage. Moi aussi j'ai besoin d'air tout à coup.
- C'est ça, je vais me préparer.
- Va, je t'attends.
Ah, et surtout n'oublie pas d'emmener ton appareil photo.
- C'est ça, je vais me préparer.
- Va, je t'attends.
Ah, et surtout n'oublie pas d'emmener ton appareil photo.
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