Chaque fois que j’écris un texte en l’intitulant à l’avance, il connaît immanquablement le même sort, c’est à dire que l’intuition du départ finit toujours par assourdir l’intention - ou plutôt, le désir - encore fragile qui est à son origine. Je ne dis pas nécessité car ça c’est pour ceux qui pensent qu’en faisant, ils se rendent utiles. De l’utilité découle la légitimité et de la légitimité le commerce et ainsi de suite jusqu’à la reconnaissance et les honneurs. Non, rien de tout cela dans mon travail. Ou devrais-je me montrer plus prudent en utilisant ce terme pour désigner ce que je fais et que j’offre au tout venant ? Car enfin, à quoi peut bien servir ce que je fais ? J’évoque en vagues discontinues quelques obsessions bien ancrées et je me répète. Je redis, comme me le fait remarquer une de mes lectrices assidues. Et elle n’a pas tort. Je redis, c’est exact. Je reviens sans cesse, fastidieusement, sur ce que l’on sait déjà, vu que je l’ai si souvent répété. C’est que chaque jour voit poindre la même question. Ça ne rate pas. C’est une constante immuable, la seule du reste.
La question, c’est comme une bouée de sauvetage. Bien calibrée, elle tient les flots pendant une dizaine d’heures. D’ailleurs, je l’ai appris, pour flotter il suffit d’avoir une masse inférieure à celle de son volume équivalent en eau. Mais si la matière dont on est fait est poreuse, on finit par s’imbiber et en ce faisant, on accumule sa propre masse à celle de l’eau qui a pénétré… et alors c’est l’immersion assurée. On coule, en d’autres mots. C’est bien la même chose qui advient au récit que j’intitule prématurément. Il coule.
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