vendredi 22 juillet 2011

Dans la lune

Elle était bien la vue du quatrième. Tous les modèles exposés avec leurs leds allumés projetaient leurs lumières pointillées sur le bas-ventre glabre du beau barbu de la place Sainctelette. D’ailleurs, il a de bien piètres attributs notre homme-pilier, surtout s’il faut les comparer avec ceux qui s’agitent devant moi. J’en suis à me dire que Monsieur Weynants[1] n’avait pas l’œil aussi fin qu’on l’aurait cru pour dégoter les modèles de prodigalité. A ce propos, ses femmes aussi sont plates, la seule chose qui soit véritablement gros chez elles, c’est leurs chevilles. 
Entre-temps, le grand gyrophare rouge à chevrons ne tourne plus dans le ciel de Bruxelles. C’est bien dommage, je me serais bien accordé à sa révolution pour parcourir mon orbite autour de cet astre aux courbes aguichantes. Dans mon ciel à moi, tout est parfait, la fusée pointée vers le sud, je suis en plein voyage sidéral et je plains ces petits couples que tout sépare; le canal, la voirie et les rails du tram... 

[1] Ernest Wynants (1878-1964) est le sculpteur des  Quatre Piliers du Pont Sainctelette, 1934 (source Internet)

mercredi 20 juillet 2011

Aux étangs, un jour sans marché (suite)



Aux étangs, un jour sans marché

Ici, la terre ne tremble pas. Elle est campée depuis si longtemps sur ses limons durcis que plus rien ne passe, pas la moindre vibration n’atteint ses surfaces. L’eau qui tombe en permanence ne pénètre plus le manteau d’humus qui la couvre et qui se clairseme de flaques de plus en plus grandes. L’étang grossit, les arbres abaissent leurs branches jusqu’à toucher l’eau brune, et partout la boue. Même ce grand bâtiment qui abrite ma retraite ressemble à un paquebot, au grand Arche pour quand va commencer le déluge. Ici, c’est l’épreuve de l’eau et je sens bien que je vais me noyer.  
  

mardi 12 juillet 2011

Celui qui danse

Il fait une chaleur étouffante aujourd’hui et je serais tenté de m’installer complètement nu à mon bureau si ce n’était pour la présence impromptue de Franca, la femme de ménage et cet autre fait qui consiste dans le très désagréable contact de mon postérieur sur le cuir tendu du fauteuil. Le célèbre Chœur de la Radio Suédoise interprète la petite cantate « Dopo la vittoria » de Arvo Pärt et les voix grossissent et s’éteignent au même rythme que l’air tiédi que balaye sans répit un pauvre ventilateur à mouvement giratoire de fabrication chinoise qui menace de se déglinguer à chaque instant. Une musique de fou, conçue presque uniquement pour ceux qui ont lu l’Iliade, les grecs en bas des murs, les troyens dessus. Au mépris de l’histoire, j’ai plus chaud que leurs deux armées réunies et je serai liquéfié bien avant que l’une d’elle capitule.  S’ajoute à mon état le fait qu’en guise d’adieu, ma cousine et moi sommes allés danser hier soir dans un club sur la plage de Contemplazione au milieu des garçonnets et des midinettes toutes perchées sur douze centimètres de talon. Pour satisfaire la furia de cette belle jeunesse pressées, chaque chanson ne durait guère plus de trente secondes, la durée maximale de leur attention, semble-t-il. Elle et moi étions les seuls à ne pas avoir moins de vingt ans, et ainsi tout cerclés et bousculés de fraîcheur frénétique, nous avons fini par nous mettre au diapason de la zap-génération pour nous abandonner au rhum parfumé et aux gestes endiablés de ceux qui n'ont plus la moindre retenue.

Celui qui photographie (suite)



lundi 11 juillet 2011

Irruption- San Mighele



En guise de sieste

Il descend de la montagne avec une cigarette à la bouche. Il la fume en se donnant des airs de grand, plissant les yeux à chaque inspiration et la consumant jusqu’au filtre. Il parle peu et quand il marche, il est obligé de s’arrêter exactement comme le faisait mon père, ce qui me rend fou de rage. Dans une geste de l’index et du pouce, il catapulte le mégot fumant dans les herbes sèches.

- Et, ça va bien la tête ?  Tu veux déjà foutre le feu à ma propriété?
- T’excite pas, elle est même par encore à toi.
- C’est une raison suffisante, ça ? Toi qui a des terres, ça ne te rendrait pas fou qu’un crétin y boute le feu et fasse griller tes jolies rousses bien grasses ? Tu te fais un cul comme ça à les nourrir depuis des lustres.  
- Sûr que j’irai le trouver celui-là, mes vaches valent les yeux de la tête. Mais ici...
- Et bien, ici, c’est la même chose. Tes mégots, tu les avales ou tu les mets dans les jolies petites poches de ton short moulant.
- Ça va, ça va, t’excite pas. Merde, je me suis déchiré les jambes avec tes sales ronces. C’est une friche, ton terrain. Le feu, il lui ferait pas que du mal.
- Mes ronces. Tout de même, il ne faut pas pousser mais c’est vrai qu’elles ont tout envahi. On ne voit même plus le chemin, passe encore les terrasses. Je me demande où sont passées les vignes.
- Je m’disais la même chose. D’habitude, il en reste au moins une ou deux qui finissent par tourner au sauvage mais ici, nada. On n’en voit pas une seule à perte de vue. T’es bien sûr qu’ils faisaient du vin, ici, dans le temps?
- Sûr, j’ai rencontré un gars qui m’a dit, qu’adolescent, il venait chaque année faire la vendange, juste pour le plaisir.
- Pour le plaisir… Il m’a l’air d’être un drôle de coco ton gars. Dans le patelin, j’connais personne qui fait les vendanges par plaisir à moins d’être un dégénéré ou alors le patron.
- C’était pas lui le propriétaire, c’est sûr.
- Oui et bien moi je ne vois pas la trace d’une vigne sur cette terre. Il y a que du genêt et à peine trois chênes pas bien gras. Le reste, c’est de la ronce et du fenouil sauvage(1). Une terre de pédés, je te dis. Viens, tirons-nous d’ici, j’en ai marre, je sue comme un porc et j’ai envie que d’une chose, une bonne bière glacée.
- C’est tout l’effet qu’elle te fait ma terre ? 
- Ta terre, écoutez-moi ce petit monsieur. Et comment tu vas la rejoindre ta terre ? Avec ta Panda. Même pas ta vielle chignole passe ici. Regarde la route, on peut prendre un bain dans les fossés. Et encore maintenant ça va, mais attends l’hiver, t’as encore rien vu. Et merde, t’as vu mes sandales dans quel état elles sont. Dire que moi, je me suis mis un peu pour sortir. Je pensais voir Elisa et voilà que je me trouve en pleine campagne. Un vrai cauchemar.
- Fallait pas venir.
- Mais figure-toi que je m’imaginais pas qu’un petit gars de la ville comme toi, avec les chaussures assorties à son t-shirt et ses Ray Ban vintage en permanence sur le nez allait me faire grimper une colline par quarante degrés, un dimanche, pour me faire voir une ruine complètement délabrée. T’irais pas plutôt t’acheter un duplex dans l’un de ces palais du centre de Catane ? Si tu veux mon avis, ça cadre mieux avec le personnage.
- Là, maintenant, je me demande qui de nous cadre le mieux... Oh zut, j’ai oublié mon téléphone dans la voiture. Viens, pressons le pas, j’ai laissé les fenêtres baissées. Heureusement, on la voit d’ici.
- Ah, c'est sûr, on ne peut la manquer ta Panda framboise écrasée. Relax, personne va rien te prendre ici.
- On ne sait jamais. Tu ne m’as pas dit en arrivant que ce village était un vrai repère de délinquants ?
- Hum (...) Tiens, ce portique, c’est quoi ? C’est à toi ?
- C’est la borne qui marque l’entrée de la propriété. C’est pas mal hein ?
- Je comprends pas tout mais c’est pas mal, en effet.  Bien, tirons-nous maintenant. J'ai vu. Assez trainé dans le coin. 
 Dans la voiture. 
- Tu veux une taf ?
- Une taf et quoi encore? Rappelle toi juste de ce que je t’ai recommandé de faire avec le mégot, cette fois.
- Au fond, c’est peut-être pas si mal que ça que tu viennes vivre ici, loin de tout. 
(...)
 Allez, fonce, y a Elisa qui m’attend, alors, pour être vraiment honnête avec toi...


(1) Jeu de mots, en italien, fenouil se dit finocchio ce qui est un des mots utilisés de manière injurieuse pour désigner les homosexuels.

vendredi 8 juillet 2011

Elle a



Le feu dans le ventre. On peut dire d’elle qu’elle a le feu dans le ventre et parfois la fièvre qui l’habite se propage tel un incendie qui serait devenu incontrôlable et qui aurait gagné les étages supérieurs sans que l’on puisse rien faire que contempler ses formidables ravages, les joues brûlantes, le cœur entraîné et tout palpitant.

jeudi 7 juillet 2011

Incube

Je voudrais ne faire que des photographiques simples et sincères mais je ny parviens pas ou alors beaucoup trop rarement. Je réfléchis trop et puis contrairement à dautres, ma réflexion namène pas que le meilleur. Quand je réussis quelque chose, cest nécessairement un coup de hasard, une chose que je ne mexplique pas. Tout se passe comme si ma pensée était avariée. Corrompue exactement comme si jétais habité par un incube. Jai le sentiment quainsi ma pensée souille - jallais dire profane ce qui en moi est resté intact et ouvert au monde et je passe ma vie à inventer des subterfuges pour tromper sa vigilance et lui échapper ne fut-ce quun instant. Cest dans ces rares moments que naissent les portraits qui me touchent.  

mercredi 6 juillet 2011

Allegro quasi troppo

Il se peut vous connaissiez déjà cette histoire. Pour ceux dont c’est le cas, je les prie de me pardonner.
J’avais fait la connaissance d’un jeune pianiste yougoslave alors que étais en plein blocus et j’avais pris l’habitude de me rendre chez lui pour étudier alors qu'il répétait pour ses prochains récitals.
Pour faire plaisir au béotien que j’étais - et que je suis encore-, il interprétait des pièces bateau comme les nocturnes de Chopin ou les variations Goldberg de Bach et il marmonnait même en le faisant pour se moquer de mon inculture musicale. Il faut dire que je lui avais fait un discours enflammé sur le travail de Glenn Gould dont j’avais acquis les deux enregistrements des variations, le premier en 1955 et puis celui, plus lent de 1981, à propos duquel je ne tarissais pas d’éloges. Je ne me rendais pas compte, bien sûr, à quel point mon discours était entendu. Avec le recul, je me dis que mes assertions ont dû lui paraître terriblement ordinaires. Quoi qu’il en soit, il eut avec moi une patience angélique et pour me faire taire, il se mettait à les jouer les unes après les autres comme si j’étais le Comte Keyserling lui-même, en proie à d’épouvantables insomnies, avant d’embrayer sur des pièces au moins aussi connues de Chopin. J’ajoute que ces morceaux pour dormir ne provoquèrent jamais chez moi la moindre somnolence.
Quand il jugea que j’étais assez mûr pour dépasser la surface des choses musicales, il me présenta une sonate d’un certain Stanchinsky, Alexei Vladimirovich Stanchinsky, un illuminé dont on raconte qu’il s’est noyé de manière mystérieuse à l’âge de vingt-six ans non sans avoir, dans un accès de rage, détruit toutes ses partitions. Je me souviens que cette histoire m’avait touché au point de rebaptiser ladite pièce la loutre pour l’effet qu’elle me faisait alors. Mon éducation continua au fil de mes visites et il me fit alors découvrir l’œuvre d’un anglais dont je ne me rappelle absolument plus le nom, lui aussi me pardonnera. Il s’agissait de variations sur les variations Goldberg. Des variations à l’exposant en quelque sorte. J’étais soufflé, je venais d’entrer de plein pied dans la musique contemporaine avec un compositeur bien vivant et pas du tout flottant sur les eaux troubles d’un affluant de la Volga au nom imprononçable. 
Inutile de dire qu'avec tout cela, je n’avançais pas vraiment dans la révision de mes cours si bien que, gouverné par l’urgence académique, je fus forcé d’espacer mes visites mélomaniaques.
Un jour, alors que je revenais d’un examen, je fis une halte au Conservatoire où il donnait cours. Il me présenta à sa femme et m’invita à revenir le lendemain pour l’heure du déjeuner. Le jour suivant, j’étais à un peu en avance sur l’heure du rendez-vous et ce n’était pas une table au Pain Quotidien qu’ils avaient réservée pour moi mais bel et bien un concert. Oui, un mini récital rien que pour mes oreilles. On me fit monter au premier étage du vieil hôtel de maître dans une grande salle garnie de quatre ou cinq pianos à queue placés en quinconce, et sans un mot, elle prit place au clavier le plus éloigné, un Steinway, je crois. Il choisit le piano placé juste en face de moi, un Fazioli Rubenstein un peu terni par l’usage, je m’en souviendrai toute ma vie.
Ensemble, ils interprétèrent le premier mouvement du concerto pour piano en ré mineur, opus 30 de Sergueï Rachmaninov. Un allegro ma non troppo qui fut fut tout de même presque trop pour moi, ce jour-là. J’étais tout étourdi de bonheur.
J’ai l’habitude de dire que j’ai reçu beaucoup de cadeaux dans mon existence et bien souvent sans que je fusse en mesure de réciproquer le geste mais celui-là fut certainement parmi les plus beaux présents qu’on m’ait jamais faits. Maintenant que j’y repense, je ne suis même pas certain d’avoir été capable de leur exprimer toute ma gratitude. Il m’aurait fallu quatre mains au moins pour la leur dire. 

mardi 5 juillet 2011

Excavations, fin

Sans vouloir m’avancer trop, il semble bien que la publication des excavations soit arrivée à son terme. Il m’en a coûté de replonger dans les archives photographiques d’il y a dix ans et plus et j’espère sincèrement que ce prix n’est visible pour personne.  

lundi 4 juillet 2011

Excavation -X-



Excavations -IX-


Près des roses, il repose



Les âcres amours

C’est un homme à l’âge indéfini, un peu courtaud mais robuste et dont on dit au village, sans être certain qu’il s’agisse bien de lui, qu’il cherche – désespérément (sic)- une épouse. Il ne danse pas, encore moins la salsa et toutes ces autres chorégraphies exotiques venues d’ailleurs. On se le rappellera, il n’est pas là pour ça. D’ailleurs, il s’assied toujours à la table la plus éloignée des danseurs. Il n’est jamais seul. On le voit toujours accompagné de deux ou trois gars du village, des célibataires nerveux et désemparés qui chassent en meute. Mais si pour ses comparses de battue, chacun comprendra pourquoi ils en sont encore à se satisfaire eux-mêmes en matant les beaux culs arrondis qui s’agitent sur la piste, pour ce beau brun ténébreux, les choses sont nettement moins claires. Là d’où je suis, je vois les yeux de biche des femmes qui m’entourent briller d’un éclat moite et osciller en cadence entre son regard de braises et son entre-jambe, qu’il tient bien en vue, les cuisses massives nonchalamment ouvertes sur un renflement plus que suggestif.
Peut-être est-ce là le mal qui le ronge ? La chair lui parle-t-elle trop vivement ? Je le comprends du reste, moi-même, j’ai le regard scotché sur le balcon affriolant de ma voisine dont la gorge laiteuse et tout justement flexible rebondit à chaque fois qu’elle se met à rire dans une cascade de baisers à prendre. Si je ne prends pas garde, je m’en vais plonger d'un bond dans ce clivage fascinant vers des fondements plus sombres et m’y perdre, oui, m’y perdre. Quand je parviens à m’extraire des altitudes d’où je suis suspendu haletant, perlé de sueur et tout tendu, devant moi, sur la piste, il y a encore en saumon fumé, toute corsetée, la danseuse Etoile, avec à peine assez d’étoffe pour couvrir les courbes parfaites de sa croupe diabolique. J’en suis obligé de me redresser, une soudaine douleur de contrition s’étant logée là où je peux l’avouer. Dans mon dos, lui, il est toujours là, plus avachi que jamais, la braguette encore plus proéminente, les yeux volcaniques, l’haleine venant troubler par intermittence l’air devant sa bouche. Il a les yeux grand ouverts. Il ne les cligne jamais pour ainsi dire, chaque seconde valant son pesant de chair.
Pourtant, ce n’est pas encore ce soir qu’il rentrera chez lui avec la jeune ballerine endiablée. Tout juste emmènera-t-il avec lui, parmi les jeunes loups faméliques tout gonflés de torpeurs enivrantes, une séquence du film de ce soir, la plus brûlante assurément. 
Titre et partie en italique de Rimbaud

Tocade en mi bémol majeur

Un jour, un ami qu’elle avait rencontré de peu, lui fit remarquer dans une lettre,  ce qui ne manqua pas de l’agacer, qu'elle établissait à tort, avec l’autre –et bien entendu, l’autre c’était lui– une relation qu’il qualifiait de feu de paille ; ardent certes mais bref et surtout sans lendemain. Elle en déduisit qu’il devait avoir une préférence marquée pour les feux lents, moins fougueux mais durables. Elle eut un sourire en imaginant une grosse bûche veineuse crépitant jusqu’au matin sous la caresse contenue des flammes. La sienne débordait obstinément de son maillot lorsqu'ils s'étaient vus au bord du lac. Elle eu un soupir et fit avec la lettre une petite boule qu'elle alluma. Elle eut tout juste le temps de noter qu’elle se consumait avec la même force que si elle fut faite de paille. Il ne resta dans l'air que l'odeur âcre des fumées qui se dégagent d’un foyer trop vite éteint... Un seau d’eau jeté en précipitation dans l’âtre. Un petit amas de cendres volatiles qui s’élèvent dans l’air dans un ultime effort d’apesanteur avant de retomber, lourdes et sans vie, exactement comme il s’en fut de leur inféconde et trop brève histoire. 

samedi 2 juillet 2011

Praeambulum in ...



New York...



New York -V-


New York -IV-


Excavations -IV-

Luxembourg -I-


Le Cap -III-


Le Cap -II-


Le Cap -I-


New York -III-


New York -II-


New York -I-


Rome -III-

Bach et des poussières

Une barbe hirsute et un peu blanchie par endroits envahit mon visage. Je mets jour après jour les mêmes vêtements, des vieilles guenilles que j’ai retrouvées au fond d’une caisse. Je ne prends même plus la peine d’enfiler un caleçon, le matin. J’ai fait enlever le miroir de la chambre et la grande glace sur pied que j’avais conservée a disparu dans un déménagement en même temps qu’une série d’autres choses dont la seule évocation même ouateuse me traverse le flanc de part en part. Je ne me vois plus sauf sur ces vieux clichés datant d’une décade au moins qui renvoient de moi une image curieusement décalée. Mon monde est teinté de sépia, il  est tout pointillé de poussière et Bach est seul admis à rompre le silence dans lequel je me suis emmuré. 

vendredi 1 juillet 2011

Rome -I-

Excavations -III-


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Excavations -II-



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Excavations -I-

Lorsque je revois ces photographies que j’ai prises il y a dix ans, je me dis que mon existence a franchement quelque chose de suranné. Je ne m’intéresse pas aux événements fameux qui transforment le monde, ceux dont tout le monde tient absolument à se souvenir. C’est comme si mon œil n’était aguerri qu’aux choses de rien ou alors, est-ce parce que moi-même vivant une existence de rien, seule la futilité en émane tout naturellement. Mes amis photographes tiennent ce média sacrément plus en respect que moi, n’appuyant que lorsque le cliché est digne de faire l’histoire. Moi, je vais finir par croire que je fais du gaspillage photographique. Je montre - et encore, le mot est fort - une masse un peu informe de sentiments négligeables éparpillés au gré de l’oubli, là d’où je m’obstine à les en sortir.
    

Pour Anne,


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Excavations (suite)

L’été a fait son entrée dans l’appartement. Mes meubles aussi, si bien que je ne sais pas dire si la chaleur suffocante de ce matin est celle qui s’est dégagée de la grande armoire et des petits fauteuils newyorkais durant la nuit ou s’il s’agit de l’étuve de saison qui s’est infiltrée à travers les persiennes alors que je somnolais sans vraiment trouver le sommeil. Cette année, il ne viendra pas. Et pendant que je m’habitue à l’idée de son absence, je me remémore ces moments où, arraché à ma raison par je ne jais quelle force indémontable, j’ai dit des choses empoisonnées, j’ai posé des actes blessants et irrémissibles.  Je ne savais pas alors que je creusais à grandes pelletées la terre meuble de notre concorde et qu’un beau matin, dans la fournaise d’un jour de juillet, entre lui et moi s’étendrait à perte de vue un champ d’ornières et de fosses toutes plus périlleuses les unes que les autres. Maintenant, je suis les pieds dans la boue qui sèche, agité de bourrasques pénibles qui me poussent en avant et me font perdre l’équilibre, et je ne sais où poser le premier pas. Devant moi s’étend l’inextricable labyrinthe de mes excavations et dans ce dédale de désolation, je ne vois se dessiner aucun chemin qui conduit de l’autre côté.

Bruxelles -I-

Bruxelles -II-

Patric Chiha - Interview (Extrait)


Sicilitude- III


Sicilitude- II