C’est un homme à l’âge indéfini, un peu courtaud mais robuste et dont on dit au village, sans être certain qu’il s’agisse bien de lui, qu’il cherche – désespérément (sic)- une épouse. Il ne danse pas, encore moins la salsa et toutes ces autres chorégraphies exotiques venues d’ailleurs. On se le rappellera, il n’est pas là pour ça. D’ailleurs, il s’assied toujours à la table la plus éloignée des danseurs. Il n’est jamais seul. On le voit toujours accompagné de deux ou trois gars du village, des célibataires nerveux et désemparés qui chassent en meute. Mais si pour ses comparses de battue, chacun comprendra pourquoi ils en sont encore à se satisfaire eux-mêmes en matant les beaux culs arrondis qui s’agitent sur la piste, pour ce beau brun ténébreux, les choses sont nettement moins claires. Là d’où je suis, je vois les yeux de biche des femmes qui m’entourent briller d’un éclat moite et osciller en cadence entre son regard de braises et son entre-jambe, qu’il tient bien en vue, les cuisses massives nonchalamment ouvertes sur un renflement plus que suggestif.
Peut-être est-ce là le mal qui le ronge ? La chair lui parle-t-elle trop vivement ? Je le comprends du reste, moi-même, j’ai le regard scotché sur le balcon affriolant de ma voisine dont la gorge laiteuse et tout justement flexible rebondit à chaque fois qu’elle se met à rire dans une cascade de baisers à prendre. Si je ne prends pas garde, je m’en vais plonger d'un bond dans ce clivage fascinant vers des fondements plus sombres et m’y perdre, oui, m’y perdre. Quand je parviens à m’extraire des altitudes d’où je suis suspendu haletant, perlé de sueur et tout tendu, devant moi, sur la piste, il y a encore en saumon fumé, toute corsetée, la danseuse Etoile, avec à peine assez d’étoffe pour couvrir les courbes parfaites de sa croupe diabolique. J’en suis obligé de me redresser, une soudaine douleur de contrition s’étant logée là où je peux l’avouer. Dans mon dos, lui, il est toujours là, plus avachi que jamais, la braguette encore plus proéminente, les yeux volcaniques, l’haleine venant troubler par intermittence l’air devant sa bouche. Il a les yeux grand ouverts. Il ne les cligne jamais pour ainsi dire, chaque seconde valant son pesant de chair.
Pourtant, ce n’est pas encore ce soir qu’il rentrera chez lui avec la jeune ballerine endiablée. Tout juste emmènera-t-il avec lui, parmi les jeunes loups faméliques tout gonflés de torpeurs enivrantes, une séquence du film de ce soir, la plus brûlante assurément.
Titre et partie en italique de Rimbaud
Titre et partie en italique de Rimbaud
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