samedi 28 janvier 2012

"L'attimo furtivo del buio"


Parole di Massimo Vita 

Les états viscéraux - extrait (suite)



On le voit parfois aux heures sombres glisser dans les allées désertes des parcs de la ville. Il porte toujours un survêtement noir que tendent de haut en bas trois  fines bandes blanches parallèles. Le tissu légèrement satiné de son training tantôt révèle, tantôt ravale ses formes athlétiques. Ses mouvements sont lents, puissants et gracieux comme ceux d’un fauve rassasié. Il marche sans se retourner et autour de lui flotte en permanence un silence lourd et menaçant. Il s’arrête parfois sans que l’on sache vraiment pourquoi, il allume alors une cigarette et la fume lentement comme s’il s’agissait de la dernière. L’instant d’après, il a disparu. Il ne reste plus à l’endroit où il se trouvait qu’un mégot qui finit de se consumer et une vague odeur de nuit.

Au troisième étage de l’immeuble, une femme scrute le parc depuis la fenêtre qui donne sur la place.  Elle a repéré une ombre immobile et une minuscule tache incandescente qui semble respirer.  C’est le signal, son cœur s’affole.  Elle se précipite dans la salle de bains, refait ses cheveux, ajuste sa combinaison, corrige nerveusement son mascara et, tremblante, va pour ouvrir le portail. Il ne sonnera pas. Elle activera l’ouverture automatique de la porte et lui, il montera les trois étages à pied, sans bruit. Comme convenu, la porte de l’appartement sera légèrement entrouverte. Il défera l’entrebâilleur et il entrera sans dire un mot. L’appartement sera plongé dans l’obscurité, seule la lumière des lampadaires de la place filtrera par les fenêtres du couloir qui mène à la chambre.  Il restera immobile un instant avant d’y pénétrer.  

Après, avec la même lenteur, il descendra les escaliers de marbre de l’immeuble en portant à ses lèvres le petit pendentif en or que lui a offert sa grand-mère pour son baptême et qui maintenant repose près d’une alliance gravée d’un g sur la toison drue et odorante de son torse couvert de sueur. Il n’a pas pris le temps de prendre une douche. Il emmène avec lui, en plus des largesses de la dame comblée, le violent parfum de leurs ébats.

Discrètement, depuis la fenêtre de la chambre, elle l’observe qui traverse la place. Elle le voit disparaître dans la pénombre du parc, ravalé par les ténèbres d’où il est sorti. Elle aurait voulu qu’il reste mais elle connaît trop bien les règles. Elle ne le reverra que lorsqu’il voudra bien répondre à ses appels pressants. Comme la première fois, une vague de tristesse l’envahit, la submerge. Elle se met à pleurer devant la fenêtre qui renvoie d’elle le triste reflet de son visage allongé par les traces de mascara.

Maintenant, il est adossé à un mur sale quelque part sur les quais, dans la pénombre d’un pilier de pont, quand arrivent un jeune homme et son chien. Il allume une autre cigarette. Le jeune homme hésitant ralentit et puis s’arrête. Il revient sur ses pas.
Le chien n’existe plus. Les eaux de la rivière sont redevenues lourdes et visqueuses. Son cours s’est imperceptiblement ralenti.
Dans l’épais glissement des flots, on entend palpiter un cœur affolé pendant que le sang reflue bouillonnant, en écho, vers les zones les plus équivoques de la nuit. 

vendredi 27 janvier 2012

lundi 23 janvier 2012

L’assolvimento o l’attesa?



"C'est dans l'attente qu'est la vie, dans l'assouvissement elle retombe..."
  Extrait de Les cahiers d’André Walter, André Gide 

dimanche 22 janvier 2012

Si tu me cherches sans me trouver, continue...



Tout est là,


Tout est là!  Reconnaissons-le, les efforts que je déploie pour garnir mon existence sont résolument vains.

Les états viscéraux - extrait


(II)
«  A votre avis, cette photographie a été prise où ? » demande le professeur invité aux étudiants en exhibant une photographie qui représente les restes calcinés d’une ville méconnaissable.  C’est une scène extraite du film Notre musique de Jean-Luc Godard. Sur le cliché, on peut voir des façades noirâtres, à moitié effondrées dans une brume irréelle, presque fantomatique. C’est une image de mort. Les étudiants pris de court, se risquent, timides, à quelques noms de villes. Mais ce n’est pas Varsovie, pas Hiroshima, ni Dresde, encore moins Sarajevo, c’est Richmond, en Virginie, au sortir de la guerre de Sécession.

Le tirage sur papier glacé passe maintenant de main en main et chacun s’absorbe dans l’observation attentive du cliché en y laissant ses empreintes, sans dire un mot, calculant peut-être le juste temps pendant lequel il faut le garder à soi avant de s’en défaire chez son voisin.
Quand la photographie arrive au dernier rang et que Djévo s’en saisit, le professeur a déjà terminé son exposé depuis longtemps. Il parle maintenant d’une jeune femme qui prétend avoir vu la Sainte Vierge et Djévo ne sait comment réconcilier la vision qui finit de consumer ses lumières mornes et laiteuses dans ce rectangle de cellulose argentique avec le récit d’entrée en béatitude que fait le maître.

Il est le dernier de sa rangée et la photographie lui brûle littéralement les doigts, il n’a nulle part où la déposer, personne à qui la remettre. Un sentiment vague l’envahit en même temps qu’une brume moite et un peu âcre comme celle qui se dégage des décombres de la photographie. Il cherche à se défaire de son emprise, il veut ouvrir les doigts, laisser glisser le cliché mais quelque chose l’en empêche. Sa main ne lui obéit plus. Les paroles du professeur lui parviennent maintenant dans une sorte de bruit diffus qui tente de se fixer quelque part dans les méandres de son cerveau.

Le fil trop tendu qui le rattache au monde vient tout juste de céder. Pour la première fois avec cette force, quelque chose de visqueux et de fluide provenant du fond de son être remonte à la surface comme une lave brûlante. Dans un instant, son âme abîmée finira de se dissoudre au contact de cette haine en fusion, ce gigantesque magma d’humeurs putrides dans lequel surnage encore le souvenir de siens brutalement assassinés devant ses yeux après d’atroces mutilations. Leur regard clair et beau disloqué par la douleur et les supplications s’est pour toujours incrusté dans sa rétine et il a beau fermer les yeux de toutes ses forces, un fiel de boucherie continue de se déverser en lui … jusqu’au coup sec et brusque qui le fait s’évanouir, enfin.


vendredi 20 janvier 2012

« ...Io ritrovavo in un ricordo pieno e involontario, la realtà viva"


Il y a dans la mollesse de ces gris et la majesté du volcan une contradiction qui en dit long sur l’état dans lequel je me trouve.

Titre extrait La camera chiara, Roland Barthes