« (…) Parce que tous les péchés du monde ne sont en réalité que des inachèvements, que des incomplétudes, toute la souffrance du monde est en réalité une expiation. Qu’une maison reste avec ses trois murs parce qu’on a plus de pierres pour faire le quatrième ; qu’une pièce reste sans meubles parce que le propriétaire n’a plus d’argent, on trouve généralement une sorte d’arrangement artificiel pour palier un manque de ce genre. La nature de l’homme est riche de ces palliatifs artificiels ; il se met en quatre pour dissimuler ses incomplétudes. Il sent qu’une part de lui même est semblable à un mur qui manque dans une maison, à un meuble qui manque dans une pièce, et il essaye tant bien que mal de remédier à ce manque. L’usage de l’imagination, l’exercice du rêve ou des plus hautes ambitions de l’art, c’est le masque qu’il fabrique pour dissimuler ses incomplétudes. Ou encore, la violence ou la guerre, que ce soit entre deux hommes ou entre deux nations, apparaissent aussi comme une compensation aveugle et insensée à tout ce qui n’est pas vraiment achevé dans la nature humaine. (…) »
Tennessee Williams - Le masseur noir (extrait)
Tennessee Williams - Le masseur noir (extrait)
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