vendredi 28 novembre 2008

Capo e altre cose



24 novembre 2008, lundi, Cape Town,

Comment faire la transition ? Comment étendre ces jours passés à passer d’un lieu à l’autre, à m’éloigner, à transiter, comme une vieille habitude ? Mes départs sont pénibles. Quand vient le jour, il me faut enjamber mes bagages et mes souvenirs encore frais, il me faut esquiver aussi quelques rémanences, les énergies qui me rappellent sans me retenir, effacer des visions récurrentes, fuir aussi. Partir fut un plaisir, une joie immense. Aujourd’hui, je constate que c’est du lieu dont je pars que dépend ce plaisir et il me faudrait être sourd et insensible pour ne pas reconnaître qu’il est un lieu duquel je ne pars pas avec empressement et enthousiasme. Alors, je me demande, est-ce le lieu du revenir ? Je ne suis pas honnête. Je ne me le demande pas. Je le sais.

Après, tout le reste devient transit, places et lieux qui ne retiennent pas ma substance mais me la renvoie en miroir.

Ce matin là, je suis allé seul chez mon parrain. Je ne voulais pas de témoin. Je suis allé saluer cet homme et sa femme que j’aime profondément, sans condition. L’huile d’olive m’attendait, le soleil dans leurs yeux avait remplacé la brume épaisse, le sirocco comme ils l’appellent ici, et les pluies torrentielles de la veille. Sur la table de la cour du Palazzo deux caisses de fruits encore perlés du matin attendaient leur voyage vers le Nord au milieu des bidons d’huile fraîche et du vin tiré à la Saint Martin et dont je garde une légère ivresse. Ce matin, mes bagages sont prêts, il me faut seulement charger la voiture et prendre la route. Je m’arrête au cimetière et devant la tombe de mon père, j’implore qu’il me soit donné de revenir. Je lui demande cette faveur et je veux croire que dans sa bonté, il me l’accordera. Je sais très bien qu’il ne dépend que de moi de revenir mais j’aime lui demander.

J’essaye de vivre là, maintenant. C’est un exercice difficile car je suis toujours balloté entre hier et demain. C’est une évidence de vivre ici et maintenant, une de ces évidences auxquelles il faut consacrer une vie entière.

Je ne sais pas si je réussis. Il y a des maintenants moins douteux que d’autres.

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