Il fait une chaleur étouffante aujourd’hui et je serais tenté de m’installer complètement nu à mon bureau si ce n’était pour la présence impromptue de Franca, la femme de ménage et cet autre fait qui consiste dans le très désagréable contact de mon postérieur sur le cuir tendu du fauteuil. Le célèbre Chœur de la Radio Suédoise interprète la petite cantate « Dopo la vittoria » de Arvo Pärt et les voix grossissent et s’éteignent au même rythme que l’air tiédi que balaye sans répit un pauvre ventilateur à mouvement giratoire de fabrication chinoise qui menace de se déglinguer à chaque instant. Une musique de fou, conçue presque uniquement pour ceux qui ont lu l’Iliade, les grecs en bas des murs, les troyens dessus. Au mépris de l’histoire, j’ai plus chaud que leurs deux armées réunies et je serai liquéfié bien avant que l’une d’elle capitule. S’ajoute à mon état le fait qu’en guise d’adieu, ma cousine et moi sommes allés danser hier soir dans un club sur la plage de Contemplazione au milieu des garçonnets et des midinettes toutes perchées sur douze centimètres de talon. Pour satisfaire la furia de cette belle jeunesse pressées, chaque chanson ne durait guère plus de trente secondes, la durée maximale de leur attention, semble-t-il. Elle et moi étions les seuls à ne pas avoir moins de vingt ans, et ainsi tout cerclés et bousculés de fraîcheur frénétique, nous avons fini par nous mettre au diapason de la zap-génération pour nous abandonner au rhum parfumé et aux gestes endiablés de ceux qui n'ont plus la moindre retenue.
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