L’été a fait son entrée dans l’appartement. Mes meubles aussi, si bien que je ne sais pas dire si la chaleur suffocante de ce matin est celle qui s’est dégagée de la grande armoire et des petits fauteuils newyorkais durant la nuit ou s’il s’agit de l’étuve de saison qui s’est infiltrée à travers les persiennes alors que je somnolais sans vraiment trouver le sommeil. Cette année, il ne viendra pas. Et pendant que je m’habitue à l’idée de son absence, je me remémore ces moments où, arraché à ma raison par je ne jais quelle force indémontable, j’ai dit des choses empoisonnées, j’ai posé des actes blessants et irrémissibles. Je ne savais pas alors que je creusais à grandes pelletées la terre meuble de notre concorde et qu’un beau matin, dans la fournaise d’un jour de juillet, entre lui et moi s’étendrait à perte de vue un champ d’ornières et de fosses toutes plus périlleuses les unes que les autres. Maintenant, je suis les pieds dans la boue qui sèche, agité de bourrasques pénibles qui me poussent en avant et me font perdre l’équilibre, et je ne sais où poser le premier pas. Devant moi s’étend l’inextricable labyrinthe de mes excavations et dans ce dédale de désolation, je ne vois se dessiner aucun chemin qui conduit de l’autre côté.
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