samedi 4 juin 2011

Prison pour dettes

On peut dire de lui quil vit à découvert. Cest à peu près le moins que lon puisse dire à son sujet. Rien ne lui appartient, pas même le lit dans lequel il dort auprès de cette femme de passage.
- La couche tiède dune femme, ça vaut tout de même mieux que le lit quon vous offre pour un temps, au frais.
Cest bien ce quil se dit chaque fois quil la retrouve à moitié endormie, le corps dénudé, offert et moite, exactement comme il lui plait de trouver celui dune femme, quelle fut la sienne ou non, dailleurs.
Mais si de lui, cest de largent quon exige, moi qui suis son frère, cest la substance même qui mhabite et me guide dont je suis accusé dêtre lusurpateur. Comme si à moi, il ne métait pas donné de concevoir sans emprunter, pire, sans dérober. Pourtant, je me pose la question. Tout ce que lon dit, tout ce que lon fait, ne lempruntons-nous pas finalement un peu toujours aux autres ? Des autres qui sont nos pères, dautres encore qui sont nos frères.
Si nous sommes tous en dette, reste-t-il quelque chose dont on puisse dire sans mentir quelle est nôtre, entièrement et exclusivement nôtre ?
Cette idée par exemple, ne suis-je pas en train de la subtiliser en douce à quelquun qui ne dira rien de mon escroquerie ?
Mes œuvres ne sont-elles pas tout simplement un amas de larcins ? Ces mots, même, rien moins que de la resquille ?  
Comme lui, un lit succinct et une table en fer, un lavabo et une chiotte ouverte sans lunette, voilà sans doute ce qui mattend si je ne reconnais pas très vite que je ne suis quun vulgaire plagiaire. Tout me vient dailleurs. Je nai quun mérite, celui de me servir. Tout ce que jai, on me la donné. Tout était là, dès le début. Je nai jamais eu besoin de faire le moindre effort, je navais quà tendre la main. Les mots, les images, cest la même chose et comme mon frère, ma dette, je ne suis pressé de la payer que pour échapper à la tourmente du geôlier.

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