On peut dire de lui qu’il vit à découvert. C’est à peu près le moins que l’on puisse dire à son sujet. Rien ne lui appartient, pas même le lit dans lequel il dort auprès de cette femme de passage.
- La couche tiède d’une femme, ça vaut tout de même mieux que le lit qu’on vous offre pour un temps, au frais.
C’est bien ce qu’il se dit chaque fois qu’il la retrouve à moitié endormie, le corps dénudé, offert et moite, exactement comme il lui plait de trouver celui d’une femme, qu’elle fut la sienne ou non, d’ailleurs.
Mais si de lui, c’est de l’argent qu’on exige, moi qui suis son frère, c’est la substance même qui m’habite et me guide dont je suis accusé d’être l’usurpateur. Comme si à moi, il ne m’était pas donné de concevoir sans emprunter, pire, sans dérober. Pourtant, je me pose la question. Tout ce que l’on dit, tout ce que l’on fait, ne l’empruntons-nous pas finalement un peu toujours aux autres ? Des autres qui sont nos pères, d’autres encore qui sont nos frères.
Si nous sommes tous en dette, reste-t-il quelque chose dont on puisse dire sans mentir qu’elle est nôtre, entièrement et exclusivement nôtre ?
Cette idée par exemple, ne suis-je pas en train de la subtiliser en douce à quelqu’un qui ne dira rien de mon escroquerie ?
Mes œuvres ne sont-elles pas tout simplement un amas de larcins ? Ces mots, même, rien moins que de la resquille ?
Comme lui, un lit succinct et une table en fer, un lavabo et une chiotte ouverte sans lunette, voilà sans doute ce qui m’attend si je ne reconnais pas très vite que je ne suis qu’un vulgaire plagiaire. Tout me vient d’ailleurs. Je n’ai qu’un mérite, celui de me servir. Tout ce que j’ai, on me l’a donné. Tout était là, dès le début. Je n’ai jamais eu besoin de faire le moindre effort, je n’avais qu’à tendre la main. Les mots, les images, c’est la même chose et comme mon frère, ma dette, je ne suis pressé de la payer que pour échapper à la tourmente du geôlier.
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