Et si le néant avait dissimulé quelques portes ça et là, distraitement, dans le fond d’un placard de cuisine, dans un grenier poussiéreux, tout exprès pour qu’elles soient découvertes par les esprits les plus vifs ? Et si, aiguisée par la curiosité, elle avait tendu la main, saisi la poignée et tourné le verrou ?
La petite porte aurait résisté un peu, elle aurait grincé sur ses gonds mais se serait finalement ouverte tout grand… sur le rien. Un rien tellement vaste que par effet de succion, il aurait avalé dans un grand courant d’air cosmique tout ce qui se trouve sur son passage, elle compris !
Vous dites entendre parfois résonner des coups sourds dans votre sommeil. Ce sont peut-être les coups acharnés qu’elle donne dans le battant ? Mais que faire ? L’esprit moins affuté, a-t-on des chances de la trouver à notre tour, cette porte ? Alors, l’oreille tendue, on cherche de fond en comble tout l’espace de son fort intérieur, on pousse les meubles, on décroche les vieux tableaux, on racle de la main la moindre boursouflure que forme le papier à tapisser, on palpe le plâtrât, on scrute le plancher, on examine les joints du carrelage mais on ne trouve rien.
Pendant ce temps, les coups redoublent mais notre oreille à force de raclements répétés s’est faite plus sourde, nos sens se sont émoussés et nos yeux se sont fatigués. Et ainsi, alors que nous plissons les yeux gênés par l’abondance de la clarté, notre conscience erre à la recherche d’un brin de lumière, cette lumière en équerre si propre à celle qui passe à travers l’huisserie des portes.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire